How McCain Uses Symbolic Racism in the Presidential Campaign

by Michel Wieviorka

Comment McCain use du racisme symbolique face à Obama

par Michel Wieviorka

The McCain camp's attacks against Barack Obama have several objectives, and it would be unfair to reduce them to the manipulation of a racist theme only. But racism is present in the campaign of the Republican candidate, and it has some special features that are innovative enough to be examined.
Les attaques du camp McCain contre Barack Obama ont plusieurs objectifs, et il serait abusif de les réduire à la seule manipulation d’une thématique raciste. Mais le racisme est bien présent dans la campagne du candidat républicain, et il présente des particularités suffisamment novatrices pour qu’on s’y arrête.
For several years, it has no longer been possible in the United States to show explicit or direct racism, to attack someone's skin color, skull shape, or hair, to deduce with a possible reference to science that the targeted person or group are inferior and that they can be abused, disqualified, exploited, or made inferior. Racism has become more subtle, and is expressed through references to culture.
Il n’est plus possible depuis plusieurs années, aux Etats-Unis, d’étaler un racisme explicite, direct, de s’en prendre à la couleur de la peau, à la forme du crâne, à la chevelure, pour en déduire, avec éventuellement référence à la science, que la personne ou le groupe visés sont inférieurs, et peuvent être maltraités, infériorisés, disqualifiés ou surexploités. Le racisme est devenu plus subtil, et passe par des références à la culture.
This is what U.S. psychologists and political scientists have called symbolic racism since the late 70s. It doesn't aim at the physical or biological attributes of the target but instead focuses on his supposed values, his cultural or religious identity, which make him irreducibly different, unable to adapt to the American creed and therefore to the values of work, effort, or family.
C’est ce que des psychologues et des politologues américains ont appelé dès la fin des années 70 le racisme « symbolique », qui vise non pas les attributs physiques ou biologiques de la cible, mais ses valeurs supposées, son identité culturelle, ou religieuse, qui la rendraient irréductiblement différente, incapable de s’adapter à la Nation et à son credo, l’American creed, et donc aux valeurs du travail, de l’effort ou de la famille.
But so far, the threat that blacks were supposed to pose to the integrity of the nation or the harmony of society was internal. However, this time around, with Obama, evil would be coming from outside.
Mais jusqu’ici, la menace que les Noirs étaient supposés faire peser sur l’intégrité de la Nation ou sur l’harmonie du corps social était interne, cette fois-ci, avec Obama, le mal viendrait d’ailleurs, du dehors.
John McCain's running mate, Sarah Palin, has clearly played on this register by pondering the question of what makes Obama different for her : he is not like us - read the real Americans, but also maybe other blacks, the descendants of slaves - he is from elsewhere, he has a funny name. He is not really American, something in him is foreign. He could not really understand America because a perfect knowledge of America could only come from within.
La colistière de John McCain, Sarah Palin, a nettement joué sur ce registre en s’interrogeant sur ce qui rend Obama différent à ses yeux: il n’est pas comme nous autres -comprenez les vrais Américains, mais entendez peut-être aussi les autres Noirs, les descendants d’esclaves-, il vient d’ailleurs, il a un drôle de nom. Il n’est pas vraiment américain, il y a en lui quelque chose d’étranger. Il ne pourrait pas vraiment comprendre l’Amérique, il n’en aurait pas la parfaite connaissance, celle qui provient de l’intérieur.
Doesn't his middle name, Hussein, smack of Islam and, why not, islamic extremism ? Son deuxième prénom, Hussein, ne fleure-t-il pas l’islam et pourquoi pas l’islamisme?
This image of alterity calls for rejection, not inferiority. From this perspective, Obama is a danger to the United States. The problem is not, as in classical racism, to put a Black where he belongs, at the bottom, with a difficult and inferior job, underpaid, in a segregated neighborhood. Nor is the problem in denouncing a kind of social parasitism, a supposed inherently black laziness, which would make them prefer welfare over work and accept the disintegration of their families.
Cette image de l’altérité appelle le rejet, et non l’infériorisation. Obama, dans cette perspective, est un danger pour les Etats-Unis, le problème n’est pas, comme dans le racisme classique, de mettre un Noir à sa place, en bas, dans un emploi inférieur et difficile, mal payé, de l’enfermer dans un quartier de ségrégation, il n’est pas davantage dans la dénonciation d’une sorte de parasitisme social, d’une supposée paresse propre aux Noirs, qui leur ferait préférer l’aide sociale au travail, et accepter la décomposition de la famille.
No, the problem is to counter a danger from outside. That is why in the views of John McCain and his running mate, Obama is also suspected of being somehow connected to terrorism, and ready, said Sarah Palin, to attack his own country. Hasn't he, in the past, associated with two activists of the Weathermen group, William Ayres and Bernadine Dohrn; Doesn't his middle name, Hussein, smack of Islam and so, why not, islamic extremism?
Non, le problème est de refouler un danger externe. C’est pourquoi, dans le discours de John McCain et de sa colistière, Obama est également suspect d’accointance avec le terrorisme, prêt, dit Sarah Palin, à s’en prendre à son propre pays –n’a-t-il pas fréquenté dans le passé deux activistes du groupe des Weathermen, William Ayres et Berbadine Dohrn ; son deuxième prénom, Hussein, ne fleure-t-il pas l’islam et dès lors, pourquoi pas, l’islamisme?
Another aspect of the racist theme, as it is implemented in an attempt to weaken Obama, is to say that he is not showing his true colors. He might be hiding some secret sides, related to his personality, his background. His actual agenda might be different from the one he wants the world to see.
Un autre aspect de la thématique raciste, telle qu’elle est mise en œuvre pour tenter d’affaiblir Obama, consiste à dire qu’il cache son jeu, qu’il ne se donne pas à voir tel qu’il est vraiment. Il y aurait chez lui des dimensions secrètes, masquées, qui tiendraient à sa personnalité, à son parcours, il y aurait des motivations réelles bien distinctes de ce qu’il avance en public.
Who is this man, John McCain keeps asking about him, claiming that "even this far into the campaign, there are essential things we still do not know about Senator Obama" - an astonishing statement when we know that the Presidential campaign began two years ago. And John McCain sums up his thoughts by saying: "Who is the real Barack Obama?"
Qui est cet homme, martèle John McCain à son propos, prétendant que « même à ce stade avancé de la campagne, il demeure des choses essentielles que nous ne savons pas au sujet du Sénateur Obama » -une affirmation stupéfiante quand on sait que la campagne présidentielle a commencé il y a deux ans. Et John McCain résume sa pensée : « Qui est le vrai Barack Obama ? »
Thus the democrat candidate is presented as an insidious, hidden threat. He is close to those who plot against the nation. He is, says McCain, "dangerous" and "too risky for America."
Celui-ci est ainsi présenté comme une menace insidieuse, dissimulée, il est proche de ceux qui complotent contre la Nation, il est, dit McCain « dangereux » et fait courir « trop de risques à l’Amérique »
According to Sarah Palin, there may be two Obamas. She believes that, when he is asked a question, "he is not dishonest, but there are two dimensions: judgement or sincerity, and the inability to give a simple answer to a basic question." There might be duplicity in Obama, something fishy, one might may say.
Il y aurait deux Obama, et non pas un, dit Sarah Palin, qui considère que lorsqu’on lui pose une question, « il n’est pas malhonnête, mais il y a deux dimensions : le jugement ou la sincérité, et l’incapacité de répondre simplement à une question élémentaire ». Il y aurait de la duplicité chez Obama, quelque chose qui fait, si l’on peut dire, qu’il n’est pas clair.
A form of racism reminiscent of anti-semitism Une forme de racisme qui rappelle l’antisémitisme
Add anti-intellectualism, which sporadically reproaches him for being an Ivy Leaguer, being well (or perhaps too well)-spoken. These are many ingredients which remind us of a form of racism that we did not expect, anti-semitism.
Ajoutons l’anti-intellectualisme, qui lui reproche ici ou là d’avoir fait des études dans une université de premier plan, de bien s’exprimer –trop bien peut-être : bien des ingrédients rappellent ici une forme de racisme que l’on ne s’attendait pas à rencontrer, l’antisémitisme.
One foot in and one foot out, so never really in the nation, hiding an obviously evil game, related to the forces of evil and foreignness: Obama is categorized as suspicious and treacherous, just like the Jews who, as it has often been the case in history, were accused of threatening the integrity of the Nation, betraying , and making pacts with evil forces. A theme borrowed from anti-semitism thus strengthens the anti-black racism, which is veiled and indirect.
Un pied dedans, et un pied dehors, et donc jamais vraiment dans la Nation, cachant un jeu évidemment maléfique, lié aux forces du mal et de l’étranger : Obama est traité dans les catégories du soupçon et de la traîtrise, exactement comme les Juifs, souvent, dans l’histoire, furent accusés de menacer l’intégrité de la Nation, de trahir (souvenons-nous de l’Affaire Dreyfus), de pactiser avec des forces diaboliques. Une thématique empruntée à l’antisémitisme vient ainsi renforcer celle du racisme anti-Noirs, elle-même voilée et indirecte.
Political marketing, or spontaneity from those who know the sentiments of at least part of their potential electorate? Probably both. The fact remains that this argument plays off of a mix never seen before, that of a somewhat watered down traditional racial hatred and of themes borrowed from a register which is usually used for another minority, Jews.
Marketing politique, ou spontanéité de ceux qui connaissent les affects d’une partie au moins de leur électorat potentiel ? Les deux vraisemblablement. Toujours est-il que cette argumentation joue sur un mélange inédit, où s’agrègent une haine raciale traditionnelle, quelque peu édulcorée, et des thèmes empruntés à un registre qui d’ordinaire fonctionne à propos des Juifs, et donc d’un autre groupe que les Noirs.
The strength of this nauseating speech is that it flatters a white electorate, anxious about the integrity of the nation and its security, while being likely to divide the black electorate. It encourages African-Americans, the "real" black citizens of the country, to be wary of the "not-black-enough" character that Obama might be, as people have been heard to say, including, in an aggressive manner, Rev. Jessie Jackson.
La force de ce discours nauséabond est qu’il flatte un électorat blanc soucieux de l’intégrité de la Nation, ainsi que de sa sécurité, tout en étant susceptible de diviser l’électorat noir, encourageant alors les Africains-américains, les « vrais » citoyens Noirs du pays, à se méfier eux aussi du personnage « pas assez noir » que serait Obama, comme on l’entend dire parfois, y compris, de façon agressive, par le pasteur Jessie Jackson.
One can only hope for the United States, as well as the world, that the neo-racism that John McCain is manipulating is the sign of a candidate who is losing momentum, and is less and less able to engage with the electorate's expectations.
Il faut souhaiter, pour les Etats-Unis, comme pour le monde entier, que le néo-racisme que manipule ainsi John McCain soit la marque d’un candidat en perte de vitesse, et de moins en moins capable d’embrayer sur les attentes de l’électorat.