(1) "une sorte de logis sombre," etc.
Dès la première phrase de Pêcheur d'Islande (1886), nous voyons un exemple d'une des méthodes impressionistes de Pierre Loti (1850-1923): une construction linguistique qui rend l'objet de la description incertain, "une sorte de logis sombre . . ." plutôt que simplement "un logis sombre," ce qui aurait été bien plus certain. (Comme vous lirez ci-dessous à propos des peintres Impressionistes: "la fragmentation des touches suggérant formes et volumes au détriment du dessin"). Il y a beaucoup d'autres constructions linguistiques semblables dans ce texte. Dans cette première lecture, nous les avons toutes indiquées en pourpre ainsi. En lisant le texte, faites attention à ces constructions, et notez comment elles créent le même effet, le même indéfini qu'on voit dans les tableaux impressionistes de son contemporain Claude Monet (1840-1926). En voici trois qui datent de 1886, l'année de Pêcheur d'Islande, et qui viennent de son séjour en Bretagne, à Belle Ile en mer.
W1101 Pointes de rochers à Port-Goulphar Cincinnati Art Museum
(Source: http://www.nga.gov.au/MonetJapan/Images/LRG/W1101.jpg )
W1112 Belle-Ile, effet de pluie Tokyo: Bridgestone Museum
(Source: http://www.nga.gov.au/MonetJapan/Images/LRG/W1112.jpg )
W1116 Tempête, côte de Belle-Ile Paris: Musée d'Orsay
(Source: http://photos1.blogger.com/img/47/1334/640/Monet..4.jpg)
Voici un petit essai sur l'Impressionisme en peinture, si vous voulez en savoir plus.
Impressionisme: mouvement pictural qui se forma en France dans le dernier tiers du XIXe siècle
en réaction contre la peinture académique officielle. L'impressionnisme
désigne cependant moins une école à proprement parler qu'une tendance qui
entraîna derrière elle toute une génération d'artistes. Sans l'impressionnisme
qui déstabilisa la tradition de la peinture, les révolutions stylistiques du début
du XXe siècle n'auraient pas été possibles.
Par extension, le terme désigne également un certain style de musique apparu
au début du XXe siècle.
C'est au titre d'un tableau de Claude Monet, Impression
soleil levant [voyez la Lecture 2], que l'impressionnisme doit son nom.
En mai 1874 se tint dans les ateliers du photographe Nadar, boulevard des Capucines,
une exposition de jeunes peintres indépendants, parmi lesquels figuraient Claude
Monet, Paul Cézanne, Pierre-Auguste Renoir et Alfred Sisley. Ayant en commun
une même recherche picturale, le rendu du plein-air et des effets de lumière,
ils s'étaient constitués en société anonyme pour faire face à leur exclusion
constante du Salon officiel. La manifestation fit scandale et les critiques
trouvèrent dans «les plus absurdes croûtes de ces peintres», semblant «avoir
déclaré la guerre à la beauté», l'occasion de manifester leurs railleries et
leur mépris. Ce fut ainsi que le journaliste Louis Leroy, tournant en dérision
le tableau de Monet, s'exclama dans le Charivari: «Impression. J'en étais
sûr. puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l'impression là-dedans».
Le terme était né, et accepté d'emblée par les artistes eux-mêmes et leur petit
cercle d'amateurs (parmi lesquels les critiques d'avant-garde Jules Castagnary,
Edmond Duranty, Théodore Duret et le marchand Durand-Ruel). Malgré la persistance
des attaques malveillantes et des querelles esthétiques internes au groupe,
sept autres expositions s'organisèrent dès lors sous ce vocable, dont la dernière
eut lieu en 1886 [l'année de la publication de Pêcheur d'Islande).
Ces huit manifestations ne définissent cependant l'impressionnisme
qu'historiquement, car c'est en fait dès le début des années 1860 que le terme
«impression» apparut au centre de toutes les conversations des jeunes
peintres qui se retrouvaient, autour d'Édouard Manet, au café Guerbois, puis
au café de la Nouvelle-Athènes. Sans théorie esthétique véritable, ces artistes
travaillaient à une nouvelle manière de peindre, liée à une nouvelle manière de
voir, née de la sensation immédiate. La vision en plein-air, sans cesse
renouvelée par les variations de la lumière, l'impression fugitive à saisir étaient
déjà pour eux le véritable sujet à peindre. À cet effet, ils puisèrent à plusieurs
sources, s'inspirant des oeuvres d'Eugène Boudin [vous verrez plus tard plusieurs de ses tableaux], de Jongkind et de Corot,
des tableaux de l'école de Barbizon ou encore de celles de Courbet et de
Manet, dont les thèmes empruntés à la vie quotidienne leur ouvraient la voie. Il
s'agissait pour eux de capter instantanément ce qu'ils voyaient: ils définirent
peu à peu l'espace par la décomposition des tons, la fragmentation des
touches suggérant formes et volumes au détriment du dessin. Appliquant
ensuite les théories de Chevreul (1839) sur le cercle chromatique et le
mélange optique, ils n'utilisèrent plus que les couleurs primaires (rouge, bleu
et jaune) et leurs complémentaires (orangé, violet et vert) dont la juxtaposition
sur la toile permet de rendre toutes les vibrations de l'atmosphère.
Nombreuses furent ainsi les oeuvres, antérieures à 1874, contenant en germe
les conquêtes de l'impressionnisme, notamment les toiles peintes à la
Grenouillère en 1869 par Renoir (National Museum, Stockholm) et par Monet
(Metropolitan Museum of Art, NewYork). Et lorsque Pissarro et Monet, fuyant
la France en guerre, se réfugièrent à Londres et purent admirer les peintures
de Turner et de Constable, cette découverte ne fut que le «révélateur» d'un
style déjà largement élaboré.
(Source: http://www.tbs.be/autremonde/Peinture/Impressionisme/Impressionisme.htm)
Ils étaient cinq, aux carrures terribles, accoudés
à boire, dans une sorte de (1) logis sombre
qui sentait la saumure et la mer. Le gîte, trop bas pour leurs tailles, s'effilait
par un bout, comme l'intérieur d'une grande mouette vidée
; il oscillait faiblement, en rendant une plainte monotone, avec une lenteur
de sommeil.
Dehors, ce devait
être la mer et la nuit, mais on n'en savait trop rien : une seule ouverture
coupée dans le plafond était fermée par un couvercle en bois, et c'était une
vieille lampe suspendue qui les éclairait en vacillant.
Il y avait du feu dans un fourneau ; leurs vêtements
mouillés séchaient, en répandant de la vapeur qui se mêlait aux fumées de leurs
pipes de terre.
Leur table massive occupait toute leur demeure
; elle en prenait très exactement la forme, et il restait juste de quoi se couler
autour pour s'asseoir sur des caissons étroits scellés aux murailles de chêne.
De grosses poutres passaient au-dessus d'eux, presque
à toucher leurs têtes ; et derrière leur dos, des couchettes qui semblaient
creusées dans l'épaisseur de la charpente s'ouvraient comme
des niches d'un caveau pour mettre les morts.
|
Voici une photo de l'intérieur d'un tel vaisseau,
où "de grosses poutres passaient au-dessus . . .et . . . des
couchettes qui semblaient creusées dans l'épaisseur de la charpente s'ouvraient
comme des niches d'un caveau pour mettre les morts."
(Source: Genet, Christian, and Daniel Hervé. Pierre Loti l'enchanteur. Gemozac: C. Genet, 1988) |
Toutes ces boiseries étaient grossières et frustes, imprégnées d'humidité et
de sel ; usées, polies par les frottements de leurs mains.
5 Ils avaient bu, dans leurs écuelles, du vin et du
cidre, aussi la joie de vivre éclairait leurs figures qui étaient franches et
braves. Maintenant ils restaient attablés et devisaient, en breton [1], sur
des questions de femmes et de mariages.
Contre un panneau du fond, une sainte vierge en
faïence était fixée sur une planchette, à une place d'honneur.
Une telle vierge en faïence

Source: Musée "Mémoire d'Islande" de Ploubazlanec
Elle était un peu ancienne, la patronne
de ces marins, et peinte avec un art encore naïf. Mais les personnages en faïence
se conservent beaucoup plus longtemps que les vrais hommes ; aussi sa robe rouge
et bleue faisait encore l'effet d'une petite chose très fraîche au milieu de
tous les gris sombres de cette pauvre maison de bois. Elle avait
dû écouter plus d'une ardente prière, à des heures d'angoisses ;
on avait cloué à ses pieds deux bouquets de fleurs artificielles et un chapelet.
[2]
Ces cinq hommes étaient vêtus pareillement, un
épais tricot de laine bleue serrant le torse et s'enfonçant dans la ceinture
du pantalon ; sur la tête, l'espèce de casque en toile goudronnée qu'on appelle
suroît (du nom de ce vent de sud-ouest qui dans notre hémisphère amène les pluies).
Voici un pêcheur breton portant un suroît
(Source: Collection de vieilles cartes postales privée)
Ils étaient d'âges divers. Le capitaine pouvait avoir quarante ans ; trois autres, de vingt-cinq à trente. Le dernier, qu'ils appelaient Sylvestre ou Lurlu, n'en avait que dix-sept. Il était déjà un homme, pour la taille et la force ; une barbe noire, très fine et très frisée, couvrait ses joues ; seulement il avait gardé ses yeux d'enfant, d'un gris bleu, qui étaient extrêmement doux et tout naïfs.
Voici un dessin que Pierre Loti a fait de Pierre Scoarnec, un marin breton qui lui a servi de modèle pour Sylvestre Moan
(Source: Dessin de l'auteur)
Très près les uns des autres, faute d'espace,
ils paraissaient éprouver un vrai bien-être,
ainsi tapis dans leur gîte obscur.
10 ... Dehors, ce devait être
la mer et la nuit, l'infinie désolation des eaux noires et profondes. Une montre
de cuivre, accrochée au mur, marquait onze heures, onze heures du soir sans
doute; et, contre le plafond de bois, on entendait le bruit de la pluie.
Ils traitaient très gaiement entre eux ces questions
de mariage, --mais sans rien dire qui fût déshonnête. Non, c'étaient des projets
pour ceux qui étaient encore garçons, ou bien des histoires drôles arrivées
dans le pays, pendant des fêtes de noces. Quelquefois ils lançaient bien,
avec un bon rire, une allusion un peu trop
franche au plaisir d'aimer. Mais l'amour, comme l'entendent les hommes ainsi
trempés, est toujours une chose saine, et dans sa crudité même il demeure presque
chaste.
Cependant Sylvestre s'ennuyait, à cause d'un autre
appelé Jean (un nom que les Bretons prononcent Yann), qui ne venait pas.
En effet, où était-il donc
ce Yann ; toujours à l'ouvrage là-haut ? Pourquoi ne descendait-il pas prendre
un peu de sa part de la fête ? [3]
--Tantôt minuit, pourtant, dit le capitaine.
15 Et, en se redressant debout, il souleva avec sa tête le
couvercle de bois, afin d'appeler par là ce Yann. Alors une lueur très étrange
tomba d'en haut [4]:
--Yann ! Yann ! ... eh ! l'homme !
L'homme répondit rudement du dehors. [5]
Et, par ce couvercle un instant entr'ouvert, cette
lueur si pâle qui était entrée ressemblait bien à celle du jour. [4] --"Bientôt
minuit..." Cependant c'était bien comme une lueur de soleil,
comme une lueur crépusculaire renvoyée de très loin par
des miroirs mystérieux.
Le trou refermé, la nuit revint, la petite lampe
pendue se remit à briller jaune, et on entendit l'homme descendre avec
de gros sabots par une échelle de bois.
20 Il entra, obligé de se courber en deux comme
un gros ours, car il était presque
un géant. Et d'abord il fit une grimace, en se pinçant le bout du nez à cause
de l'odeur âcre de la saumure.
Il dépassait un peu
trop les proportions ordinaires des hommes, surtout par sa carrure qui était
droite comme une barre ; quand il se présentait
de face, les muscles de ses épaules, dessinés sous son tricot bleu, formaient
comme deux boules en haut de ses bras. Il avait
de grands yeux bruns très mobiles, à l'expression sauvage et superbe.
Voici des dessins que Pierre Loti a faits de Guillaume Floury, un pêcheur breton qui lui a servi de modèle pour Yann Gaos.
Sylvestre, passant ses bras autour de ce Yann,
l'attira contre lui par tendresse, à la façon des enfants ; il était fiancé
à sa soeur et le traitait comme un grand frère.
L'autre se laissait caresser avec un air de lion câlin, en répondant par un
bon sourire à dents blanches.
Ses dents, qui avaient eu chez lui plus de place
pour s'arranger que chez les autres hommes, étaient un
peu espacées et semblaient
toutes petites. Ses moustaches blondes étaient assez courtes, bien que
jamais coupées ; elles étaient frisées très serré en deux petits rouleaux symétriques
au-dessus de ses lèvres qui avaient des contours fins et exquis [6] ; et puis
elles s'ébouriffaient aux deux bouts, de chaque côté des coins profonds de sa
bouche. Le reste de sa barbe était tondu ras, et ses joues colorées avaient
gardé un velouté frais, comme celui des fruits que personne
n'a touchés.
On remplit de nouveau les verres, quand Yann fut
assis, et on appela le mousse pour rebourrer les pipes et les allumer.
25 Cet allumage était une manière pour lui de fumer un peu. C'était
un petit garçon robuste, à la figure ronde, un peu
le cousin de tous ces marins qui étaient plus ou moins
parents entre eux ; en dehors de son travail assez dur, il était l'enfant gâté
du bord. Yann le fit boire dans son verre, et puis on l'envoya se coucher.
[1] "ils . . . devisaient, en breton."
La langue de la Bretagne, où habitent les personnages de ce roman, n'a
aucune similarité avec le français. (Cette différence va jouer un rôle dans
le roman, plus tard.) Voici le texte d'une conversation entre deux Bretons,
Erwan et Yann. (Non, ce n'est pas le Yann dans le texte. Pour entendre cette
conversation, cliquez ici )
Erwan. Labourat a rit kalz?
Yann. Ya 'vat, labourat a ran kalz bemdez. Kelenn a ran er Skol-Veur, ha studiañ
a ran kalz: lenn a ran e pep lec'h, er gêr, er bus, en ostaleri. Ne ran nemet
labourat.
Erwan. Skrivañ a rit e pep lec'h ivez?
Yann. Ne ran ket. Ober a ran er gêr hepken.
Erwan. Gwelout a ran... Ha beajiñ a rit kalz ?
Yann. Ya, beajiñ a ran kalz e Breizh, hag er broioù keltiek all un tammig.
Erwan. Mont a rit alies da Amerika ivez?
Yann. Ne ran ket alies. Mont a ran a-wechoù da Amerika, da Vro-Alamagn, ha da
Vro-Japan ivez.
Erwan. Plijout a ra Bro Japan deoc'h?
Yann. Ya, plijout a ra din kalz. Amerika avat ne ra ket.
(Source: http://www.kervarker.org/francais/diviz19.html)
Les Bretons constituaient une culture minoritaire située dans -- et souvent dédaignée par -- une culture majoritaire (la France). Le gouvernement central à Paris essayait autrefois de supprimer le breton, de contraindre la population de la région à parler uniquement la langue de tous les Français. Un ami à moi, Gervais Leclerc, raconte qu'à l'école il y avait des affiches qui disaient: "Défense de cracher par terre et de parler breton".
Aujourd'hui les jeunes Bretons qui ne veulent pas ressembler à tout le monde reprennent l'étude de leur patrimoine linguistique. Il y a même des écoles Diwan, dont une à Paimpol, où les élèves font presque toutes leurs études en breton.
De jeunes élèves à l'Ecole Diwan de Paimpol
(Source: Archives personnelles)
Il y a aussi des écoles bi-langues.
Malgré tout ce progrès, les bretonisants (gens qui parlent breton) se plaignent que le média national ne fait pas attention à leur mouvement.
[2] Dans sa correspondance, le peintre Vincent Van Gogh, grand lecteur de romans français en général et de Pierre Loti en particulier, dit que ce paragraphe a inspiré un de ses plus célèbres tableaux:
La Berceuse (1888)
(Source: http://www.vincent.nl/?/gallery/paintings/jh1670.htm)
[3] "En effet, où était-il donc ce Yann ; toujours à l'ouvrage là-haut ? Pourquoi ne descendait-il pas prendre un peu de sa part de la fête ?"
Ce passage semble exprimer la pensée de Sylvestre, mais le texte n'indique pas clairement ni où commence ni où finit sa pensée, et ne dit pas que ces mots représentent la pensée non plus du narrateur, mais de Sylvestre. (Loti aurait pu écrire: "En effet, où était-il donc ce Yann, Sylvestre se demanda-t-il; toujours à l' ouvrage là-haut ? . . ." etc.) C'était Gustave Flaubert (1821-1880), romancier que Loti admirait énormement, qui est célèbre pour l'utilisation de ce procédé stylistique, qu'on appelle le discours indirect libre.
Discours direct: "En effet, où était-il donc ce Yann, Sylvestre
se demanda-t-il; toujours à l'ouvrage là-haut ? Pourquoi ne descendait-il pas
prendre un peu de sa part de la fête ?"
Discours indirect: Sylvestre se demanda où était donc ce Yann ; toujours
à l'ouvrage là-haut ? Pourquoi ne descendait-il pas prendre un peu de sa part
de la fête ?
Discours indirect libre: En effet, où était-il
donc ce Yann ; toujours à l'ouvrage là-haut ? Pourquoi ne descendait-il pas
prendre un peu de sa part de la fête ?
Comme on peut voir ici et à travers le texte, ce procédé, comme les constructions linguistiques notées ci-dessus, sert aussi à créer de l'incertitude dans le texte: on ne sait avec certitude ni qui parle ici, ni, parfois, où la voix du narrateur s'arrête et la voix d'un personnage commence. Encore une fois, faites attention à l'utilisation fréquente du discours indirect libre dans ce texte. Nous l'indiquerons ainsi.
[4] "Alors une lueur très étrange tomba d'en haut."
"Et, par ce couvercle un instant entr'ouvert, cette lueur si pâle qui était
entrée ressemblait bien à celle du jour."
Comme ses contemporains peintres, Loti s'intéresse souvent à
la lumière et à ses effets, "les variations de la lumière", dans
ce texte. Faites-y attention.
[5] "--Yann ! Yann ! ... eh ! l' homme !
L' homme répondit rudement du dehors."
Dès le commencement de ce texte, Loti présente Yann Gaos comme la quintessence
même de l'homme. Mais, comme nous verrons, l'auteur va se servir de Yann pour
modifier et rendre plus complexe la définition traditionelle.
[6] "ses lèvres . . .avaient des contours fins et exquis"
Le texte présente Yann, "l'homme," d'abord avec des traits même exagérés de
la masculinité traditionelle: "Il [était] obligé de se courber en deux comme
un gros ours, car il était presque un géant. . . . Il dépassait un peu trop
les proportions ordinaires des hommes, surtout par sa carrure qui était droite
comme une barre ; quand il se présentait de face, les muscles de ses épaules,
dessinés sous son tricot bleu, formaient comme deux boules en haut de ses bras.
. . . L' autre [avait] un air de lion câlin." Ensuite, cependant, Loti insère
cette phrase à propos de ses lèvres, la première indication que cet homme, quoique
toujours bien homme, sera plus complexe que l'image de la masculinité
la plus répandue à la fin du XIXe siècle. C'est toujours
une sorte d'impressionisme "au détriment du dessin."
(Pour répondre par courier électronique, cliquez ici.)
1. Où cette scène se passe-t-elle?
2. Quelles odeurs est-ce qu'on sent ici?
3. Pourquoi les figures de ces marins expriment-elles la joie de vivre?
4. De quoi ces marins parlent-ils?
5. Comment Sylvestre est-il déjà homme? Comment est-il toujours enfant?
6. Qui est-ce que Sylvestre attend?
7. Pourquoi est-ce qu'il ne semble pas bientôt minuit dehors?
8. Comment Yann est-il différent des autres marins?
9. Quel rapport y a-t-il entre Yann et Sylvestre?
10. Pourquoi appelle-t-on le mousse?
1.4 "De grosses poutres passaient au-dessus d'eux, presque
à toucher leurs têtes ; et derrière leur dos, des couchettes qui semblaient
creusées dans l'épaisseur de la charpente s'ouvraient comme
des niches d'un caveau pour mettre les morts."
1.19 "Le trou refermé, la nuit revint, la petite lampe pendue se remit
à briller jaune, et on entendit l'homme descendre avec de gros
sabots par une échelle de bois."
1.21 "Il avait de grands yeux bruns très mobiles, à l'expression
sauvage et superbe."
Pourquoi de grosses poutres, de gros sabots, de grands yeux, mais des couchettes? I.C.1.
1.8 "Le dernier, qu'ils appelaient Sylvestre ou Lurlu, n'en avait que dix-sept."
Pourquoi en ici? II.G.2.
1.23 "Le reste de sa barbe était tondu ras, et ses joues colorées avaient gardé un velouté frais, comme celui des fruits que personne n'a touchés."
Pourquoi personne ne et non pas ne personne? VI.B.
1.25 "Yann le fit boire dans son verre, et puis on l'envoya se coucher."
Comprenez-vous cette construction avec faire? III.K.2.
1.18 ressembler à
1.19 se remettre à
1.24 de nouveau