Chronologie de l'Affaire Dreyfus

La Situation en France avant le commencement de l'Affaire

I. L'adoration de l'armée
19.7.1870 - le gouvernement du Second Empire vote la guerre contre la Prusse
2.9.1870 - la dernière armée française, entourée par les Prussiens, se rend, c'est la fin du Second Empire; les Prussiens envahissent la France, investissent Paris;
1.1871 la France se rend; traité de Frankfort donne l'Alsace à l'Allemagne (déclarée à Versailles); désormais, obsession avec le retour de l'Alsace, besoin d'une Armée forte
la France commence à transformer son armée: avant, une armée de métier, surtout de la noblesse; maintenant, service nationale, tous les hommes doivent y participer pour défendre la Patrie; mais il y toujours beaucoup plus d'anciens élèves des écoles religieuses; refuge pour les légitimistes contre la République (histoire des gouvernements légitimistes après la Guerre jusqu'en 1875, la nouvelle Constitution); 1893: 84.000 enfants aux lycées de l'Etat, 52.000 aux établissements religieux;
II. Peur de la gauche
dès 1890, la Gauche devient plus visible: il y a des manifestations, parfois violentes, et des grèves
III. L'anti-sémitisme
depuis 1791, les Juifs en France sont citoyens à part entière;
après 1870, beaucoup de Juifs entrent en France de l'Est; mais ils sont en grande partie marchands, etc., non pas liés à la terre = France
dès 1892, Drummont dans la Libre parole, s'attaque aux Juifs dans l'Armée;

Le Commencement de l'Affaire

L'espionnage
"Si la France a perdu la guerre, ce ne peut être par infériorité militiare, c'est parce que des trahisons ont paralysé ses forces" 48; on crée la Section de Statistique pour espionner
Marie Coudron, Mme Bastian, engagée à l'Ambassade de l'Allemagne à Paris pour nettoyer les bureaux et confisquer ce qu'elle trouve dans les corbeilles, de 1889 à 1897 ("Auguste")
1.1894 - elle trouve le brouillon d'une lettre de von Schwarzkoppen (attaché militaire) à l'attaché militaire italien, Panizzardi, qui parle d'une "canaille de D." qui offre des plans directeurs de Nice. Mais la Section ne réussit pas à démasquer D.
9.1894 - elle trouve "le bordereau", qui offre des documents et secrets militaires à l'Allemagne; donné au Général Mercier, ministre de la Guerre, il ordonne qu'on trouve le traître; (von Schwarzkoppen nie qu'on ait pu le trouver dans sa corbeille; maintient qu'il a dû être volé de son casier (veut éviter accusation de négligence); le lieutenant Abboville suggère que ce devait être un stagiaire dans l'Etat-major qui aurait pu connaître les 4 divisions de l'Armée; parmi les possibles il y a un jeune officier juif, Alfred Dreyfus

Qui est Alfred Dreyfus?

9.10.59 Alfred Dreyfus né à Mulhouse, en Alsace. Famille installée là depuis plusieurs siècles. Son père prospère.
1871 Quand l'Allemagne annèxe l'Alsace, son père démenage à Bâle, pour rester français
Dreyfus termine ses études à Paris; A 14 ans, il entre à l'Ecole polytechnique - soif de revanche contre les Allemands? Il y avait déjà de nombreux officiers juifs à l'Armée
1882 Dreyfus nommé lieutenant à l'artillerie; 1889 capitaine; 1890 il se marie, entre à l'Ecole de Guerre; grand succès; il est chosi ensuite pour l'Etat-major à Paris
Il y est différent des autres parce que 1) il est riche; fortune liquide; bourgeois (vs.terres des nobles), 2) il parle allemand 3) il est juif

Poursuite de Dreyfus

ils font une comparaison des deux écritures, il y a des similarités, et on trouve Dreyfus le coupable; plusieurs "experts" l'examinent; deux le rejettent; Bertillon affirme que les deux écritures sont de la même personne
15.10.1894, Dreyfus convoqué devant le commandant du Paty de Clam, qui lui dicte une lettre offrant des documents sur l'artillerie; pendant un moment, Dreyfus hésiste, il tremble - alors, du Paty accuse Dreyfus de trahison et l'arrête. Il est vite enfermé à la prison de Cherche-Midi; en prison, du Paty lui fait écrire plus de dictées; on lui fabrique des fautes (maitresses, etc.)
poursuivi par la presse parce qu'il avait accepté Dreyfus dans l'Etat-major, Mercier essaie d'expédier l'affaire, et se met contre Dreyfus; on trouve la pièce "canaille de D" (1.1894), et s'en sert; on falsifie même des rapports, pour incriminer Dreyfus; Henry et Sandherr, de la Section de Statistique
les ambassadeurs de l'Allemagne et de l'Italie nient catégoriquement toute relation avec Dreyfus, mais puisqu'ils sont l'ennemi, on ne s'y fie pas

Le premier Procès

son frère, Mathieu, lui trouve comme avocat Edgar Demange, conservateur et catholique, qui accepte de le défendre parce qu'il est convaincu de son innocence
28.12.1894 le Conseil de Guerre trouve Dreyfus coupable à l'unanimité
5.1.95 Dégradation de Dreyfus: il proclame son innocence, crie "Vive la France! Vive l'Armée!"; le public n'est pas admis, mais il est là, à la porte, hurlant "Mort aux Juifs!"
Léon Daudet écrit: "Le misérable n'était pas français."; Maurice Barrès: "Dreyfus n'appartient pas à notre Nation, et dès lors comment la trahirait-il?"; La Libre Parole: "Nous avons pourtant une consolation. C'est que ce n'est pas un vrai Français qui a commis le crime" - de là, la peur/l'idée que Dreyfus n'était pas vraiment français
22.2.1895 Dreyfus embarqué à l'île du Diable, parce que Mercier fait modifier la loi que l'Assemble nationale avait supprimée
Casimir-Perier se retire, Félix Faure élu président de la République

Développements après le premier procès

le Dr. Gibert, persuadé de l'innocence de Dreyfus, apprend de Faure, son ami, qu'il y avait d'autres pièces utilisées pour convaincre les juges de la coupabilité de Dreyfus, des "secrets de l'Etat" (lettre de Panizzardi à Schwarzkoppen: "cette canaille de D." [1.1894]); il informe Mathieu Dreyfus
3.1896 Mme Bastian trouve le "petit bleu" dans une corbeille à l'Ambassade d'Allemagne, une lettre de Schwarzkoppen adressée à Esterhazy qui parle de la vente de documents.

Qui est Esterhazy?

1.1894 - le commandant Esterhazy avait offert à l'Etat major allemand ses services, faute d'argent
plus tard, Esterhazy apporte à Schwarzkoppen des secrets militaires, ceux mentionnés dans le bordereau

Esterhazy ou Dreyfus?

Picquart, qui avait remplacé Sandherr à la Service de Statistique, poursuit Esterhazy, en pensant qu'il y encore un autre espion; il apprend d'un espion qu'on a vu un commandant français plusieurs fois chez Schwarzkoppen, mais quand il envoie le colonel Henry interroger l'espion, il n'apprend pas le nom - Henry déjà convaincu que ce soit Dreyfus. Picquart lit 2 lettres d'Esterhazy, et reconnaît que l'écriture est celle du bordereau; quand il demande le dossier de "documents secrets" utilisés contre Dreyfus au procès, il n'y trouve rien de signifiant, et décide que Dreyfus n'était pas le coupable; alors, il écrit au général Boisdeffre, le chef de l'Etat-major à Paris, un rapport qui condamne Esterhazy d'avoir écrit le bordereau et trouve Dreyfus innocent; Boisdeffre et Gonse lui disent de séparer les deux affaires, de poursuivre Esterhazy sans parler de Dreyfus - personne ne s'indigne de l'injustice faite à Dreyfus, sauf Picquart; plutôt, ils essaient d'éloigner Picquart.
Henry fausse une lettre de Panizzardi à Schwarzkoppen (le "faux Henry") qui implique Dreyfus, et la porte à Gonse et Boisdeffre
10.11.1896 Le Matin publie un facsimilé du bordereau, et Mathieu Dreyfus fait distribuer des placards qui illustrent que son frère n'en est pas l'auteur. Mercier rejette toute examination du cas, et Picquart est envoyé à la frontière. Henry fabrique des accusations contre Picquart (avoir montré des documents secrets à Lebois, etc.), et on l'envoie en Afrique
Me Lebois, entretemps, convainc Scheurer-Kestner, vice-président du Sénat, de l'innocence de Dreyfus; mais quand SK va voir Faure, le président de la République, lui, menacé par Esterhazy, reste froid; Billot, nouveau ministre de la Guerre, l'assure qu'il y a d'autres preuves de la coupabilité de Dreyfus
du Paty avertit Esterhazy qu'on le soupçonne, et lui et Henry commencent la défense d'Esterhazy, et fabriquent d'autres documents pour incriminer Dreyfus
11.1897 Schwarzkoppen renvoyé à Berlin, pour éviter d'autres négligences
14.11.1897 au Figaro, on publie ce qu'on a découvert à propos du bordereau et l'écriture d'Esterhazy; Henry répond que Picquart a tout forgé pour incriminer Esterhazy et libérer Dreyfus
17.11.1897 le général de Pellieux commence une enquête; il accepte ce que Boisdeffre et Gonse lui disent et accuse Picquart, innocente Esterhazy; mais le Conseil de Ministres ne l'accepte pas
fin 11.1897 Mme de Boulancy, une ancienne maîtresse d'Esterhazy à qui il avait volé de l'argent, montre ses lettres à un avocat, qui les montre a SK - il y en a une dans laquelle il parle de sa haine de l'armée française, son désir de la trahir; SK en parle à Pellieux, Le Figaro les publie après une perquisition chez Mme Boulancy; mais la presse dit que les lettres sont fausses, Esterhazy les nie
A la Chambre, le comte de Mun proclame l'importance de l'armée et on enterre l'Affaire
12.1897 les experts concluent à l'unanimité que le bordereau n'est pas d'Esterhazy, mais calqué sur son écriture; la lettre "de Ulhas" à Mme Boulancy un faux
12.1897 Billot. ministre de la Guerre, ouvre un procès contre Picquart, accusé d'avoir volé des documents, de les avoir donnés aux amis de Dreyfus
1.1898 le Conseil de Guerre acquitte Esterhazy, Picquart arrêté, SK privé de la vice-présidence du Sénat

L'Affaire Zola

13.1.1898 L'Aurore publie "J'accuse" - distribué à 300.000 exemplaires; Barrès: Zola "n'est pas un français"; le Conseil des Ministres décide de poursuivre Zola sur UNE accusation, que l'armée avait acquitté Esterhazy "par ordre"; les républicains soutiennent le gouvernement parce que c'est l'armée, et il y a des élections prochaines; Ferdinand Labori accepte de plaider pour Zola, le frère de Clemanceau pour Mme Dreyfus
au procès de Zola, tous les témoins de 1894 sont là; Bertillon maintient maintenant que Dreyfus avait forgé l'écriture d'Esterhazy; Pellieux avertit la Cour qu'on n'ose pas affaiblir l'armée quand la France est menacée; il ajoute qu'il y a une preuve incontestable de la coupabilité de Dreyfus, une lettre de Panizzardi à Schwarzkoppen qui parle de Dreyfus (le "faux Henry"); on trouve Zola coupable
les Dreyfusards se réunissent à la Revue blanche; "les intellectuels"; l'Affaire devient, pour eux, une affaire sociale, non plus simplement question de l'innocence d'un particulier; première fois que les intellectuels français s'unissent ainsi
pour Barrès, il faut restaurer l'unité de la France pour restaurer sa force; les Juifs ne peuvent pas être français; donc, ils affaiblissent cette unité; peu importe, donc, que Dreyfus soit innocent ou coupable
2.4.1898 la Cour de Cassation casse l'arrêt contre Zola
15.6.1898 chute du gouvernement de Méline (président du Conseil); remplacé par celui de Brisson, qui choisit Cavaignac comme ministre de la Guerre
voulant mettre fin à l'Affaire, Cavaignac produit des pièces du dossier devant l'Assemblé; il ordonne la publication de la lettre de 1896 de Panizzardi à Schwarzkoppen qui parle de Dreyfus (le "faux Henry"), et la lettre de 1.1894 qui parle de la "canaille de D."; Picquart les dénonce comme des faux, ou changés
Christian Esterhazy, à qui son oncle avait volé de l'argent, révèle qu'Esterhazy avait comploté avec Henry et du Paty, forgé des télégrammes pour incriminer Picquart
12.7.1898 Bertulus fait arrêter Esterhazy et sa maîtresse;
Cavaignac fait arrêter Picquart, accusé d'avoir montré des documents à Leblois
Zola quitte la France pour l'Angleterre quand il perd à nouveau son procès; Esterhazy est libéré sans procès par la chambre de mises en accusation

Continuation de l'Affaire Dreyfus

13.8.1898 Louis Cuignat, travaillant pour Cavaignac, voit que la supposée lettre de Panizzardi de 1896 à Schwarzkoppen avec le nom de Dreyfus est fausse ("le faux Henry"), créée de plusieurs morceaux de papier différents
30.8.1898 Cavaignac interroge Henry sur la lettre de Panizzardi; Henry admet qu'il l'avait faussée; Boisdeffre démissione, de même Cavaignac
31.8.1898 arrêté, Henry se suicide à la prison de Cherche Midi
Esterhazy s'enfuit en Angleterre
Charles Maurras déclare Henry un héros national

La Révision du procès de Dreyfus

Faure meurt au lit, hémorragie cérébrale - avec une femme:); Loubet, républicain, élu pour le remplacer comme président de la France
3.6.1899 la Cour de cassation casse le jugement contre Dreyfus du 28.12.1894; dans le Matin, Esterhazy admet qu'il avait écrit le bordereau, mais sous les ordres de Sandherr (décédé)
4.6.1899 Zola revient à Paris; la Chambre de mises en accusation ordonne la mise en liberté de Picquart; du Paty arrêté et mis au Cherche Midi
20.6.1899 Dreyfus arrive à Rennes (où il voit sa femme pour la première fois depuis 1894)
Waldeck-Rousseau appelé à former un gouvernement; il supprime les anciens chefs de l'armée, en prend contrôle, la soumet au pouvoir civil

Le Procès à Rennes

Mercier maintient la cupabilité de Dreyfus; pour Barrès, Dreyfus et les dreyfusards sont coupables d'avoir ébranlé la France et l'Armée
14.8.1898 on tire sur Labori, pendant qu'il se promenait avec Picquart
7.9.1898 les juges de la cour militaire annoncent que Dreyfus a imité l'écriture d'Esterhazy sur le bordereau, le trouvent coupable 5 à 2

Continuation de l'Affaire Dreyfus

19.9.1898 Loubet gracie Dreyfus - qui est donc toujours coupable
Galliffet, ministre de la Guerre, déclare que l'Affaire est désormais close
la plupart des dreyfusards abandonnent la lutte
Labori se brouille avec Dreyfus quand celui-ci accepte la grâce, Picquart, etc.
19.12.1900 l'amnestie est votée pour tous
30.12.1902 Zola meurt asphyxié; Anatole France prononce le discours d'adieu: "Il fut un moment de la consience humaine"
6.4.1903 Jean Juarès, maintenant député, introduit la question de l'Affaire à la Chambre; on vôte une nouvelle enquête; André, ministre de la Guerre, découvre les falsifications d'Henry
19.10.1903 André fait son rapport à Combes (qui avait remplacé WR), président du Conseil
on vote une nouvelle enquête à la Cour de cassation; encore une fois, on revisite les témoins; le système Bertillon rejeté; l'Etat major reconnaît qu'Esterhazy aurait pu connaître les éléments mentionnés dans le bordereau; Esterhazy continue à proclamer qu'il a écrit le bordereau, mais sous les ordres de Sandherr; Mercier continue à déclarer Dreyfus coupable
1.1905 Combes démissionne
3.7.1905 la loi de la séparation votée
9.1905 Cavaignac meurt
17.1.1906 Armand Fallières élu président
7.3.1906 Rouvier renversé comme président du Conseil
12.7.1906 la Cour de Cassation casse l'arrêt du Conseil de Guerre à Rennes de 7.9.1898 et réhabilite Dreyfus sans renvoi

Après l'Affaire Dreyfus

à la Chambre, le ministre de la Guerre confère à Dreyfus le grade de chef d'escadron, la croix de la Légion d'honneur; Picquart nommé général de brigade; on vote le transfert des cendres de Zola au Panthéon (transférés en 1908); au Sénat, Mercier hué quand il s'oppose
1907 Dreyfus prend sa retraite; Picquart devient ministre de la Guerre
1908 Dreyfus assiste à la cérémonie au Panthéon pour Zola; un journaliste tire 2 coups sur lui, il est légèrement blessé, Grigori acquitté
1917 Clemenceau devient président du Conseil
1918 Deyfus promu lieutenant colonel à la fin de la guerre;
1919 Dreyfus officier de la Légion d'honneur
1923 le comte de Voilement meut en Angleterre (Esterhazy)
1935 Dreyfus meurt