Lecture 15: Pêcheur d'Islande II:4-6

Préparation à la lecture

(1) "Depuis quinze jours, Sylvestre . . . était au quartier de Brest."

Cette carte montre la distance entre Brest et Paimpol.

(Source: Mapquest)

"A modest village away from major events until the XVI century, Brest owes its rise to the creation of a naval dockyard in 1631 after a decision of the Cardinal of Richelieu. At the side of Recouvrance, during the same time are build advanced cannons, powder magazines, etc. In the XVIII and XIX centuries, Brest would be the port of armament for French and foreign squadrons and the Penfeld would impress with its beauty and its splendour. The development of the Arsenal would necessitate in 1865 the closing of the river to all commerce ships and the Penfeld would be reserved, even up to our days, to the navy."

(Source: http://www.enst-bretagne.fr:3000/anglais/penfeld_gb.html)

Vous pouvez voir les fautes de traduction:)

Lecture

Pour écouter ce texte, cliquez ici.

II:4

      --Me marier ? disait Yann à ses parents le soir, -- me marier ? Eh ! Donc, mon Dieu, pour quoi faire ? -- Est-ce que je serai jamais si heureux qu'ici avec vous ; pas de soucis, pas de contestations avec personne, et la bonne soupe toute chaude, chaque soir, quand je rentre de la mer... Oh ! Je comprends bien, allez, qu'il s'agit de celle qui est venue à la maison aujourd'hui. D'abord, une fille si riche, en vouloir à de pauvres gens comme nous, ça n'est pas assez clair à mon gré. Et puis ni celle-là ni une autre, non, c'est tout réfléchi, je ne me marie pas, ça n'est pas mon idée.

     Ils se regardèrent en silence, les deux vieux Gaos, désappointés profondément ; car, après en avoir causé ensemble, ils croyaient bien être sûrs que cette jeune fille ne refuserait pas leur beau Yann. Mais ils ne tentèrent point d'insister, sachant combien ce serait inutile. Sa mère surtout baissa la tête et ne dit plus mot ; elle respectait les volontés de ce fils, de cet aîné qui avait presque rang de chef de famille ; bien qu'il fût toujours très doux et très tendre avec elle, soumis plus qu'un enfant pour les petites choses de la vie, il était depuis longtemps son maître absolu pour les grandes, échappant à toute pression avec une indépendance tranquillement farouche. [1]

     Il ne veillait jamais tard, ayant l'habitude, comme les autres pêcheurs, de se lever avant le jour. Et après souper, dès huit heures, ayant jeté un dernier coup d'oeil de satisfaction à ses casiers de Loguivy, à ses filets neufs, il commença de se déshabiller, l'esprit en apparence fort calme ; puis monta se coucher, dans le lit à rideaux de perse qu'il partageait avec Laumec son petit frère. [2]

II:5

      ... Depuis quinze jours, Sylvestre, le petit confident de Gaud, était au quartier de Brest (1); --très dépaysé, mais très sage ; portant crânement son col bleu ouvert et son bonnet à pompon rouge ; superbe en matelot, avec son allure roulante et sa haute taille ; dans le fond, regrettant toujours sa bonne vieille grand'mère et resté l'enfant innocent d'autrefois.

5   Un seul soir il s'était grisé, avec des pays, parce que c'est l'usage : ils étaient rentrés au quartier, toute une bande se donnant le bras, en chantant à tue-tête.

Edmond Rudaux

     Un dimanche aussi, il était allé au théâtre, dans les galeries hautes. On jouait un de ces grands drames où les matelots, s'exaspérant contre le traître, l'accueillent avec un hou ! qu'ils poussent tous ensemble et qui fait un bruit profond comme le vent d'ouest. Il avait surtout trouvé qu'il y faisait très chaud, qu'on y manquait d'air et de place ; une tentative pour enlever son paletot lui avait valu une réprimande de l'officier de service. Et il s'était endormi sur la fin.

     En rentrant à la caserne, passé minuit, il avait rencontré des dames d'un âge assez mûr, coiffées en cheveux, qui faisaient les cent pas sur leur trottoir.

     --Ecoute ici, joli garçon, disaient-elles avec des grosses voix rauques.

     Il avait bien compris tout de suite ce qu'elles voulaient, n'étant point si naïf qu'on aurait pu le croire. Mais le souvenir, évoqué tout à coup, de sa vieille grand'mère et de Marie Gaos, l'avait fait passer devant elles très dédaigneux, les toisant du haut de sa beauté et de sa jeunesse avec un sourire de moquerie enfantine. Elles avaient même été fort étonnées, les belles, de la réserve de ce matelot :

10 --As-tu vu celui-là ! ... Prends garde, sauve-toi, mon fils ; sauve-toi vite, l'on va te manger.

     Et le bruit de choses fort vilaines qu'elles lui criaient s'était perdu dans la rumeur vague qui emplissait les rues, par cette nuit de dimanche.

     Il se conduisait à Brest comme en Islande, comme au large, il restait vierge. --Mais les autres ne se moquaient pas de lui, parce qu'il était très fort, ce qui inspire le respect aux marins.

II:6

     Un jour on l'appela au bureau de sa compagnie : on avait à lui annoncer qu'il était désigné pour la Chine, pour l'escadre de Formose ! ...

Formose, que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Taiwan, se trouve à l'est de la Chine.

(Source: WebCrawler Maps)

     Il se doutait depuis longtemps que ça arriverait, ayant entendu dire à ceux qui lisaient les journaux que, par là-bas, la guerre n'en finissait plus. A cause de l'urgence du départ, on le prévenait en même temps qu'on ne pourrait pas lui donner la permission accordée d'ordinaire, pour les adieux, à ceux qui vont en campagne : dans cinq jours, il faudrait faire son sac et s'en aller.

15  Il lui vint un trouble extrême : c'était le charme des grands voyages, de l'inconnu, de la guerre : c'était aussi l'angoisse de tout quitter, avec l'inquiétude vague de ne plus revenir.

     Mille choses tourbillonnaient dans sa tête. Un grand bruit se faisait autour de lui, dans les salles du quartier, où quantité d'autres venaient d'être désignés aussi pour cette escadre de Chine.

     Et vite il écrivit à sa pauvre vieille grand'mère, vite, au crayon, assis par terre, isolé dans une rêverie agitée, au milieu du va-et-vient et de la clameur de tous ces jeunes hommes qui, comme lui, allaient partir...

Observations

[1] Pour voir cette scène dans le film de 1935, cliquez ici.

[2] "il commença de se déshabiller, l'esprit en apparence fort calme ; puis monta se coucher, dans le lit à rideaux de perse qu'il partageait avec Laumec son petit frère."

Comparez cette scène avec celle à la fin de la Lecture 8 (8.23-8.29), où Gaud se déshabille et se met au lit.

Révision de la lecture

1. Qu'est-ce que Yann dit à ses parents quand ils lui suggèrent qu'il se marie?
2. Qu'est-ce qui indique que Sylvestre reste sage une fois qu'il est loin de sa grand-mère, à Brest?
3. Pourquoi Sylvestre ne prête-t-il pas attention à ces "dames" sur le trottoir?
4. Pourquoi les autres marins ne se moquent-ils pas de Sylvestre et de sa moralité?
5. Pourquoi n'accorde-t-on pas à Sylvestre et aux autres marins de sa compagnie la permission de rentrer chez eux dire adieu à leur famille avant le départ pour la Chine?

Révision de la grammaire

15.1 "D'abord, une fille si riche, en vouloir à de pauvres gens comme nous, ça n'est pas assez clair à mon gré."

Pourquoi de et non pas des ici? I.C.1.

15.2 "bien qu'il fût toujours très doux et très tendre avec elle, soumis plus qu'un enfant pour les petites choses de la vie, il était depuis longtemps son maître absolu pour les grandes, échappant à toute pression avec une indépendance tranquillement farouche."

Pourquoi le subjonctif ici? III.D.2.b.

15.5 "Un seul soir il s'était grisé, avec des pays, parce que c'est l'usage"
15.14 " A cause de l'urgence du départ, on le prévenait en même temps qu'on ne pourrait pas lui donner la permission accordée d'ordinaire"

Pourquoi parce que, pourquoi à cause de pour "because" ici? V.B.

15.6 "On jouait un de ces grands drames où les matelots, s'exaspérant contre le traître, l'accueillent avec un hou ! qu'ils poussent tous ensemble et qui fait un bruit profond comme le vent d'ouest."

Ici qu' (que) et qui renvoient, tous les deux, au même mot, hou. Pourquoi que, pourquoi qui? II.B.1.a. II.B.1.b.

15.9 "Il avait bien compris tout de suite ce qu'elles voulaient"

Pourquoi ce que ici et non pas que? II.B.2.b.

15.15 "c'était le charme des grands voyages, de l'inconnu, de la guerre"

Notez la construction parallèle ici. VIII.C.