(1) "Depuis quinze jours, Sylvestre . . . était au quartier de Brest."
Cette carte montre la distance entre Brest et Paimpol.
(Source: Mapquest)
"A modest village away from major events until the XVI century, Brest owes its rise to the creation of a naval dockyard in 1631 after a decision of the Cardinal of Richelieu. At the side of Recouvrance, during the same time are build advanced cannons, powder magazines, etc. In the XVIII and XIX centuries, Brest would be the port of armament for French and foreign squadrons and the Penfeld would impress with its beauty and its splendour. The development of the Arsenal would necessitate in 1865 the closing of the river to all commerce ships and the Penfeld would be reserved, even up to our days, to the navy."
(Source: http://www.enst-bretagne.fr:3000/anglais/penfeld_gb.html)
Vous pouvez voir les fautes de traduction:)
--Me marier ? disait Yann à ses parents le soir,
-- me marier ? Eh ! Donc, mon Dieu, pour quoi faire ? -- Est-ce que je serai
jamais si heureux qu'ici avec vous ; pas de soucis, pas de contestations avec
personne, et la bonne soupe toute chaude, chaque soir, quand je rentre de la
mer... Oh ! Je comprends bien, allez, qu'il s'agit de celle qui est venue à
la maison aujourd'hui. D'abord, une fille si riche, en vouloir à de pauvres
gens comme nous, ça n'est pas assez clair à mon gré. Et puis ni celle-là ni
une autre, non, c'est tout réfléchi, je ne me marie pas, ça n'est pas mon idée.
Ils se regardèrent en silence, les deux vieux
Gaos, désappointés profondément ; car, après en avoir causé ensemble, ils croyaient
bien être sûrs que cette jeune fille ne refuserait pas leur beau Yann. Mais
ils ne tentèrent point d'insister, sachant combien ce serait inutile. Sa mère
surtout baissa la tête et ne dit plus mot ; elle respectait les volontés de
ce fils, de cet aîné qui avait presque rang de
chef de famille ; bien qu'il fût toujours très doux et très tendre avec
elle, soumis plus qu'un enfant pour les petites choses de la vie, il était depuis
longtemps son maître absolu pour les grandes, échappant à toute pression avec
une indépendance tranquillement farouche. [1]
Il ne veillait jamais tard, ayant l'habitude,
comme les autres pêcheurs, de se lever avant le jour. Et après souper, dès huit
heures, ayant jeté un dernier coup d'oeil de satisfaction à ses casiers de Loguivy,
à ses filets neufs, il commença de se déshabiller, l'esprit en apparence fort
calme ; puis monta se coucher, dans le lit à rideaux de perse qu'il partageait
avec Laumec son petit frère. [2]
... Depuis quinze jours, Sylvestre, le petit
confident de Gaud, était au quartier de Brest (1); --très dépaysé, mais très
sage ; portant crânement son col bleu ouvert et son bonnet à pompon rouge ;
superbe en matelot, avec son allure roulante et sa haute taille ; dans le fond,
regrettant toujours sa bonne vieille grand'mère et resté l'enfant innocent d'autrefois.
5 Un seul soir il s'était grisé, avec des pays,
parce que c'est l'usage : ils étaient rentrés au quartier, toute une
bande se donnant le bras, en chantant à tue-tête.
Edmond Rudaux
Un dimanche aussi, il était allé au théâtre, dans
les galeries hautes. On jouait un de ces grands drames où les matelots, s'exaspérant
contre le traître, l'accueillent avec un hou ! qu'ils poussent
tous ensemble et qui fait un bruit profond comme
le vent d'ouest. Il avait surtout trouvé qu'il y faisait très chaud,
qu'on y manquait d'air et de place ; une tentative pour enlever son paletot
lui avait valu une réprimande de l'officier de service. Et il s'était endormi
sur la fin.
En rentrant à la caserne, passé minuit, il avait
rencontré des dames d'un âge assez mûr, coiffées en cheveux, qui faisaient les
cent pas sur leur trottoir.
--Ecoute ici, joli garçon, disaient-elles avec
des grosses voix rauques.
Il avait bien compris tout de suite ce qu'elles
voulaient, n'étant point si naïf qu'on aurait pu le croire. Mais le souvenir,
évoqué tout à coup, de sa vieille grand'mère et de Marie Gaos, l'avait fait
passer devant elles très dédaigneux, les toisant du haut de sa beauté et de
sa jeunesse avec un sourire de moquerie enfantine. Elles avaient même été fort
étonnées, les belles, de la réserve de ce matelot :
10 --As-tu vu celui-là ! ... Prends garde, sauve-toi, mon fils ;
sauve-toi vite, l'on va te manger.
Et le bruit de choses fort vilaines qu'elles lui
criaient s'était perdu dans la rumeur vague qui emplissait les rues, par cette
nuit de dimanche.
Il se conduisait à Brest comme en Islande, comme
au large, il restait vierge. --Mais les autres ne se moquaient pas de lui, parce
qu'il était très fort, ce qui inspire le respect aux marins.
Un jour on l'appela au bureau de sa compagnie : on avait à lui annoncer qu'il était désigné pour la Chine, pour l'escadre de Formose ! ...
Formose, que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Taiwan, se trouve à l'est de la Chine.
(Source: WebCrawler Maps)
Il se doutait depuis longtemps que ça arriverait,
ayant entendu dire à ceux qui lisaient les journaux que, par là-bas, la guerre
n'en finissait plus. A cause de l'urgence du départ, on le prévenait
en même temps qu'on ne pourrait pas lui donner la permission accordée d'ordinaire,
pour les adieux, à ceux qui vont en campagne : dans cinq jours, il faudrait
faire son sac et s'en aller.
15 Il lui vint un trouble extrême : c'était le charme des
grands voyages, de l'inconnu, de la guerre : c'était aussi l'angoisse
de tout quitter, avec l'inquiétude vague de ne plus revenir.
Mille choses tourbillonnaient dans sa tête. Un
grand bruit se faisait autour de lui, dans les salles du quartier, où quantité
d'autres venaient d'être désignés aussi pour cette escadre de Chine.
Et vite il écrivit à sa pauvre vieille grand'mère,
vite, au crayon, assis par terre, isolé dans une rêverie agitée, au milieu du
va-et-vient et de la clameur de tous ces jeunes hommes qui, comme lui, allaient
partir...
[1] Pour voir cette scène dans le film de 1935, cliquez ici.
[2] "il commença de se déshabiller, l'esprit en apparence fort calme ; puis monta se coucher, dans le lit à rideaux de perse qu'il partageait avec Laumec son petit frère."
Comparez cette scène avec celle à la fin de la Lecture 8 (8.23-8.29),
où Gaud se déshabille et se met au lit.
1. Qu'est-ce que Yann dit à ses parents quand ils lui suggèrent qu'il se marie?
2. Qu'est-ce qui indique que Sylvestre reste sage une fois qu'il est loin de
sa grand-mère, à Brest?
3. Pourquoi Sylvestre ne prête-t-il pas attention à ces "dames"
sur le trottoir?
4. Pourquoi les autres marins ne se moquent-ils pas de Sylvestre et de sa moralité?
5. Pourquoi n'accorde-t-on pas à Sylvestre et aux autres marins de sa compagnie
la permission de rentrer chez eux dire adieu à leur famille avant le départ
pour la Chine?
15.1 "D'abord, une fille si riche, en vouloir à de pauvres gens comme nous, ça n'est pas assez clair à mon gré."
Pourquoi de et non pas des ici? I.C.1.
15.2 "bien qu'il fût toujours très doux et très tendre avec elle, soumis plus qu'un enfant pour les petites choses de la vie, il était depuis longtemps son maître absolu pour les grandes, échappant à toute pression avec une indépendance tranquillement farouche."
Pourquoi le subjonctif ici? III.D.2.b.
15.5 "Un seul soir il s'était grisé, avec des pays, parce que
c'est l'usage"
15.14 " A cause de l'urgence du départ, on le prévenait en même
temps qu'on ne pourrait pas lui donner la permission accordée d'ordinaire"
Pourquoi parce que, pourquoi à cause de pour "because" ici? V.B.
15.6 "On jouait un de ces grands drames où les matelots, s'exaspérant contre le traître, l'accueillent avec un hou ! qu'ils poussent tous ensemble et qui fait un bruit profond comme le vent d'ouest."
Ici qu' (que) et qui renvoient, tous les deux, au même mot, hou. Pourquoi que, pourquoi qui? II.B.1.a. II.B.1.b.
15.9 "Il avait bien compris tout de suite ce qu'elles voulaient"
Pourquoi ce que ici et non pas que? II.B.2.b.
15.15 "c'était le charme des grands voyages, de l'inconnu, de la guerre"
Notez la construction parallèle ici. VIII.C.